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QUAND ALLY RENCONTRE LARRY
Par Vivien Lejeune (Dreams Magazine)
Peu de temps après la fin de sa tournée européenne
2001, Vonda Shepard a accordée une interview par téléphone
à notre confrère, du magazine spécialiste
de la BO de films, Vivien Lejeune. Elle a été
publiée dans le numéro 24 (Septembre/Octobre
2001). Vous pouvez également la retrouver sur le site
officiel du magazine : Dreams
To Dreams
"Force est de constater que dans mes plus grands moments
de solitude, il y avait toujours quelqu'un à mes côtés". Cette
phrase, prononcée au cours de la quatrième saison d'ALLY MC
BEAL par Calista Flockhart, incarnant le personnage-titre
depuis près de cinq ans maintenant, résume assez bien l'essence
même de la série, l'une des plus créatives et des plus irrésistibles
de ces dernières années. Car sous des dehors de produit loufoque
à la distribution dérangée, ALLY MC BEAL n'est autre qu'une
analyse, drôle et agréable certes mais néanmoins parfois très
cruelle, de la solitude des 27-35 ans, pourtant bien établis
dans la vie active. L'équipe d'avocats du cabinet Cage &
Fish est attachante au possible et, dès les premières minutes
de l'épisode pilote, on sait que l'on va avoir droit à un
spectacle peu banal. Pourtant l'intrigue de départ est des
plus simplistes: des souvenirs d'enfance (ou comment Ally
apprend la sexualité en reniflant le postérieur d'autrui,
comme elle l'a vu faire chez la gente canine), des rencontres
amoureuses (aux alentours de 17 ans), des retrouvailles (les
mêmes quelques dix ans plus tard), l'Amitié (ou comment se
faire embaucher par un ancien camarade de classe ayant mieux
réussi que vous et possédant son propre cabinet d'avocats),
et bien d'autres choses très quotidiennes (comme poursuivre
un ancien collègue pour harcèlement sexuel).
"QUELQUES FISHIMES"
Tout a commencé grâce à une succession de mains aux fesses.
Ally est avocate et se fait régulièrement mettre la main au
panier. Elle se fait renvoyer, puis dans l'heure embaucher
par Richard, qui la présente à Elaine, qui devient de suite
sa secrétaire. Là, elle retrouve Billy, son éternel grand
amour de jeunesse, puis s'en va raconter tout cela à sa colocataire
de Renée. Au passage, elle chute, se cogne dans des passants
qui auraient mieux fait de se contenter de passer. Mais voilà
le plus beau: Billy est marié et sa femme Giorgia n'est ni
plus ni moins qu'une bombe, de surcroît avocate elle aussi
! Tout finit par se régler - ou se dérégler - au sein des
toilettes mixtes, grande idée de Richard pour favoriser un
esprit de confiance et d'égalité des sexes. ALLY MC BEAL ressemble,
au premier abord, à une ruche de tordus, à une parodie dans
laquelle chacun chercherait à briller par son originalité
et son exubérance. Et à peine a-t-on le temps de s'habituer
à cet univers de l'extrême franchise pour mieux s'acclimater
à la sensibilité réelle des personnages, que nous arrive le
second épisode et avec lui, l'incroyable, le déjà irremplaçable,
le renversant, et l'imbattable John Cage. Si l'homme prête
d'abord à rire, sa puissance d'élocution, sa rigueur et sa
justesse lors de ses plaidoiries, ne peuvent que ravir les
derniers réfractaires. Les présentations étant faites "Passons
!" Tout ce petit monde évolue depuis quatre ans chez nous,
par l'intermédiaire de M6, peut-être la seule chaîne respectueuse
de la chronologie et de l'intégralité des séries qu'elle propose,
et depuis bientôt cinq ans dans son pays d'origine grâce à
la passion et au dévouement complet d'un seul homme: monsieur
David E. Kelley, ancien homme de droit lui-même, et également
créateur de la bien plus sérieuse mais néanmoins très réussie
THE PRACTICE. A l'origine du sujet: le ras-le- bol des conventions,
l'envie de crier tout haut ce que tout le monde pense tout
bas, et surtout l'envie de créer un rôle sur mesure à sa femme:
la magnifique Michelle Pfeiffer. Mais pour la belle, passer
du grand au petit écran ne semblait pas si évident que cela
et c'est finalement Calista qui devint Ally. Même si l'univers
reste le même d'année en année, chaque saison se voit marquée
par l'arrivée, ou le départ, de nouveaux ou anciens personnages,
conférant à ces derniers une identité propre malgré tout.
Pour restituer le tout très rapidement: la première année
était celle d'Ally et de Billy: leurs retrouvailles, les interprétations
délirantes du monde réel selon miss McBeal, une multitude
d'affaires extravagantes ne manquant jamais de rappeler à
Al ly son désert affectif et le désespoir de sa vie d'adulte,
et un bébé danseur ! La seconde saison fut celle de la diversité,
tous les personnages furent mis à l'honneur à un moment ou
à un autre. Nell et Ling, prononcez doucement le "L", firent
une entrée renversante. Stephen la grenouille, rebaptisée
Stéphanie pour la version française, n'en finissait pas de
voler. John trouvait Barry White. Et Ally se trouvait un médecin
à domicile. Pour fêter à la fois ses vingt-neuf et trois ans,
ALLY MC BEAL tentait de nouvelles expériences, et de fait,
perdit une petite partie de son public. Ceux qui lui sont
restés fidèles l'auront vu embrasser langoureusement Ling,
bais...Faire l'amour dans une laverie automobile automatique,
gâcher un mariage, rencontrer un anglais qui ne gravissait
aucune colline mais qui ne descendait pas de montagne non
plus, etc. Mais loin de s'enraciner dans des situations purement
gauches ou comiques, cette troisième saison fut aussi celle
de la mort tragique de Billy, de révélations parentales, d'amitiés
toujours plus dévouées, de l'humanisation partielle de Ling.
Non, décidément rien ne méritait une telle chute d'audience
sur le sol américain. Pourtant, pour ses 30 ans, Ally ne sera
pas seule, mais rien ne dit que les problèmes vont s'arrêter
pour autant…
JUNIOR A LA RESCOUSSE
Depuis le 20 septembre, M6 diffuse en seconde partie de soirée
deux épisodes de la quatrième saison de la série. Principal
fait marquant: l'arrivée de Robert Downey Jr. dans le rôle
de l'avocat Larry Paul, nouveau petit ami d'Ally et par la
même occasion, son premier véritable amour à l'âge adulte,
l'incarnation de sa maturité sentimentale. Le ton change et
lorsque les personnages vont mal (et ils ont tous leur lot
au cours de la saison), nous souffrons nous aussi avec eux,
peut-être même plus fort qu'auparavant. Acteur incroyable
de charisme et de talent, Robert Downey se révèle ici également
un excellent chanteur. Car dans ALLY MC BEAL, tout le monde
chante à un moment ou à un autre, qu'on se le tienne pour
dit ! Nous ne dévoilerons toutefois rien ici des faits marquants
de cette saison dans le souci de préserver le suspense pour
les spectateurs assidus. Il est cependant de notoriété publique
que David E. Kelley ne redonnera pas sa chance à son interprète,
pourtant providentiel, suite à ses déboires avec la justice
pour les raisons qu'on lui connaît, inutile de revenir sur
ces faits. Nous ne retiendrons que l'apport qu'il a pu faire
à des épisodes pourtant standards et réguliers d'année en
année. L'épisode de Noël, par exemple, ou bien encore celui
de l'anniversaire de Ally, dans lequel chaque année, une petite
fête est organisée dans le bar situé non loin du cabinet,
puisque juste en dessous. Son personnage, en apportant sa
propre originalité, a permis à celui d'Ally d'évoluer de façon
considérable, tout en établissant le constat que certaines
choses ne changent jamais. Ils sont de plus en plus nombreux
à franchir le pas entre grand et petit écran, ainsi la comédienne
Anne Heiche viendra également donner la réplique au personnel
de CAGE & FISH le temps de quelques épisodes. Mais depuis
le début de la série, ce sont les "guests-chanteurs" qui prennent
le dessus et qui, comme Larry, laissent toujours une "note"
derrière eux.
VONDA, BARRY, TINA, ET LES AUTRES.
Si ! ALLY MC BEAL propose bien une partition originale. Généralement
peu développé et assez redondant, le travail de Danny Lux
ne retient guère l'attention face au gigantisme de l'utilisation
des chansons, comme jamais aucune série n'avait osé tenter
l'aventure auparavant. En effet, chaque personnage se voit
accompagné d'une ou de plusieurs chansons défilant tantôt
à vitesse normale, lente, rapide, ou bien même les deux, selon
son humeur au fil de l'épisode. S'ajoutent à cela les crises
d'identité (John Cage avec Barry White, par exemple), les
hallucinations d'Ally (quand on commence à voir Al Green n'importe
où et n'importe quand; on commence à s'inquiéter), et les
immersions, réelles celles-ci, de grandes vedettes de la chanson
(Tina Turner durant la saison 3, et Sting dans la quatrième).
Si tous ceux-là se contentent d'apparaître de temps à autres,
il y en a une qui ne chôme pas ! C'est celle à qui David Kelley
a confié la voix intérieure d'Ally, la véritable de la série
en son entier, l'ombre de chaque personnage, de chaque situation:
Vonda Shepard. Depuis l'épisode pilote, c'est elle qui colore
et intensifie la quasi-intégralité des scènes les plus sensibles,
qui centralise chaque situation dans des paroles toujours
adaptées et des mélodies généralement connues, mais retravaillées
pour coller le mieux possible à l'ensemble. Tantôt composition
personnelle, tantôt reprise, de Bob Dylan ou d'autres, la
dynamique Vonda fait même partie de la distribution, puisque
présente au piano du bar que fréquentent les comparses du
barreau. Sa chanson Searching My Soul est tout simplement
devenue indissociable d'ALLY et l'a conduite au rang de "voix
officielle" d'ALLY MC BEAL. Elle était à Paris le six juillet
dernier pour un prodigieux concert à La Cigale. Tellement
liée au succès de la série, c'est l'effigie de Calista Flockhart,
et non pas le portrait de la chanteuse, qui accueille le public
à l'entrée de la salle de concert. La queue n'en finit plus,
les parisiens et ceux qui ont fait le déplacement de plus
loin, sont venus nombreux pour répondre présent à la première
"Grand-Messe" d'ALLY MC BEAL en France. Notre équipe est bien
évidement sur place, au balcon, juste au-dessus de la scène,
face à elle et son piano, un peu déçue car l'entretien dont
nous étions convenus avec elle n'avait pu se réaliser dans
l'après-midi, suite au retard de son avion… Au bout d'à peine
quelques secondes, c'est la folie et tout est oublié. Vonda
Shepard, en pleine forme, nous régale d'un concert enjoué
et particulièrement communicatif, combinant les chansons les
plus reconnaissables de la série à son répertoire personnel.
Une heure et demie de chaleur et de bonne humeur, quelques
mots en français et un Happy Birthday géant du public avisé
en guise de cerise sur le gâteau, il n'en fallait pas moins
pour fêter l'événement. Visiblement surprise d'un tel accueil,
Vonda nous gratifie de deux rappels, dont le dernier, seule
et minimaliste, nous laisse sans voix. Des tonnerres d'applaudissements
ponctuent l'implication du public à ce qu'il a partagé avec
elle ce soir-là, quant à nous, nous nous promettions de ne
surtout pas en rester là: rencontre nous voulions, rencontre
il y aura, rencontre il y a finalement eu !
JUSTE VONDA.
Lundi 24 septembre, la rencontre a enfin lieu. L'occasion
de revenir avec elle sur cette soirée mémorable, et de chercher
à comprendre un peu mieux le cheminement créatif d'une série
comme celle-ci, tout simplement unique en son genre. La voix
d'ALLY MC BEAL aime la France et choisit de démarrer l'entretien…
en français !
VS) Bonjour ! (en français…).
DtD) Bonjour. C'est vrai que vous parlez un peu le
français.
VS) (en anglais) Un tout petit peu (rires).
DtD) Vous avez une forte actualité française puisque
votre album IT'S GOOD EVE est finalement, et officiellement,
arrivé chez nous, que la quatrième saison d'ALLY MC BEAL a
démarré sur M6 la semaine dernière, et surtout, que vous étiez
en concert à La Cigale de Paris le six juillet dernier.
VS) (Rires). C'est parfait, je vois que vous avez bien travaillé.
DtD) Comment avez-vous trouvé l'accueil que vous a
réservé le public parisien ?
VS) Cela a été ma date favorite de toute la tournée.
DtD) A ce point ?
VS) J'étais très excitée. Tout d'abord, la France est le pays
que j'aime le plus, il y a aussi l'Italie mais je parle un
peu français et pas du tout l'italien, alors... J'aime
énormément Paris et ça a donc été une nuit très spéciale parce
que je n'y avais jamais joué et que les gens dans la salle
semblaient très réceptifs.
DtD) Nous l'étions, en effet !
VS) Oh, vous y étiez ? (rires). Cela a tout simplement été
le grand frisson. Chaque pays est très différent, mais ce
que j'ai ressenti chez vous, c'était par-dessus tout, le frisson,
il n'y a pas d'autre mot.
DtD) N'avez-vous pas, de plus, un autre souvenir en
particulier ? Lorsque le public s'est mis à chanter "Happy
Birthday"...
VS) Oui ! (rires). Je suis restée, je veux dire, je ne sais
même pas comment ils ont su que c'était mon anniversaire.
J'imagine qu'ils l'avaient lu dans les journaux ou quelque
chose comme ça.
DtD) On vous connaît, bien sur, par l'intermédiaire
de ALLY MC BEAL. Mais comment décririez vous votre carrière
avant votre entrée dans la série ?
VS) Ok, je vais essayer. Avant ALLY MC BEAL, j'ai été compositeur
interprète en solo pendant de nombreuses années, presque vingt
ans. J'ai fait deux albums avec la Warner Bros, puis mon album
indépendant dont vous parliez tout-à-l'heure: IT'S GOOD EVE,
qui vient d'arriver chez vous. Cet album a véritablement marqué
un changement dans ma vie, puisque ce sont ces chansons que
je jouais dans un club la nuit où est venu David E. Kelley.
Il fallait que joue souvent dans des clubs pour avoir ensuite
l'opportunité d'accompagner d'autres artistes aux claviers.
J'ai donc un grand passé de musicienne, et musicienne de tournée
en plus. Tout cela en continuant d'écrire en parallèle. Ainsi,
quand ALLY MC BEAL s'est présentée, j'étais préparée vous
voyez (rires).
DtD) Comment cela s'est-il passé?
VS) En fait, David Kelley est un ami. Je l'ai rencontré par
l'intermédiaire de sa femme: Michelle Pfeiffer, que j'avais
rencontrée lorsque j'avais dix-neuf ans. C'est donc une très
vielle amie. Je connaissais donc David depuis des années,
et il me disait toujours: "Il faut que j'aille te voir jouer
dans ce club". C'était un petit club de Santa Monica, et ce
n'est que bien des années plus tard que... Dès que je jouais,
que je faisais un concert, je les invitais à venir. Et ils
sont venus, peut-être deux fois par an. Mais cette nuit-là,
il est venu avec dans la tête de trouver quelqu'un pour ce
"rôle" dans ALLY MC BEAL et il ne pensait certainement pas
à moi. Mais il a assisté au concert et a réalisé que j'avais
la voix qu'il recherchait. J'ai ensuite commencé à travailler
sur la série immédiatement.
DtD) Et comme nous l'avons évoqué, la série en est
déjà à sa quatrième saison, et vous tournez actuellement la
cinquième. Que pensez-vous de l'évolution de la série ?
VS) Je pense que la quatrième saison est aussi bonne
que la toute première. En revanche, j'avais trouvé la troisième
assez étrange. La plupart des gens ne peuvent peut-être pas
se rapprocher de vous à ce point. Mais avec l'arrivée de Robert
Downey Jr. Sur la quatrième saison. Il est tellement impressionnant,
c'était une grande année. Et maintenant, nous tournons la
cinquième.
DtD) Replongeons-nous dans la première saison. Comment
les chansons se sont-elles imposées à ce point dans le mode
narratif ? Etait-ce initialement prévu ou est-ce venu par
la suite, naturellement ?
VS) Dans l'épisode pilote, David a dû utiliser une dizaine
d'extraits de mes chansons. La musique était donc très importante
à ses yeux dès le commencement. En tout cas ma musique. Et
par la suite, la plupart des acteurs se sont mis à chanter
à leur tour, surtout à compter de la seconde saison. Pour
la première année, c'était surtout ma partie. Ensuite, Jane
Krakowski (Elaine) et Lisa Nicole Carson (Renée) ont commencé,
et puis il y a eu le début des "guest-stars" comme Al Green
ou Barry White qui sont arrivés un peu plus tard. David a
réalisé qu'il pouvait vivre ses rêves musicaux et intégrer
ses idoles.
DtD) Comment Searching My Soul est-il devenu le générique
?
VS) Au départ, David voulait utiliser Tell Him, vous voyez
laquelle ? (elle chantonne). C'est ça qu'il voulait à l'origine,
il a nous appelés mon manager et moi, et mon manager a dit:
"No n, ce doit être une chanson originale". Nous avons alors
invité tous les producteurs de la série dans le studio, avec
mes musiciens, et nous avons joué cinq de mes compositions
originales. David a entendu Searching My Soul et a dit: "Si
tu peux la réduire à une minute, ce sera la chanson du générique".
(Rires). Alors, je l'ai rétrécie à une minute en la "re-speedant"
un peu, vous voyez.
DtD) Comment déterminez-vous l'ensemble des chansons
pour un épisode, travaillez-vous avec le scénariste ?
VS) David... Je me rends compte que je parle beaucoup
de David Kelley, mais c'est lui qui écrit tous les scénarios,
et c'est lui encore qui sélectionne toutes les musiques. La
musique est très importante pour lui. Il a grandi avec un
juke-box chez lui. Ainsi, il me donne une bande avec les chansons
qu'il désire et je les apprends puis les retravaille selon
le ton de la scène, à l'aide du script.
DtD) Vous êtes maintenant intégrée au générique de
début, entre les autres comédiens. Peut-on dire que vos chansons
occupent le rôle d'un personnage à part entière ?
VS) Probablement oui. Mais je ne suis pas vraiment une actrice
(rires). Je pense que je partage la place avec les chansons
pour ce générique. Je suis donc tout-à-fait d'accord avec
vous pour dire que la musique est devenue un personnage, et
je suis très fière de ça. C'est un travail très inhabituel.
DtD) Mais qui doit être fort plaisant...
VS) c'est stupéfiant. Un jour, si vous pouvez venir à Los
Angeles, il faudra que vous veniez aux studios pour nous regarder
travailler.
DtD) Oh là, là, ce serait un rêve!
VS) Vraiment ? C'est beaucoup de plaisir. On rit énormément
dans le studio.
DtD) Comme vous le disiez, la quatrième saison est
marquée par l'arrivée de Robert Downey Jr. dans le rôle de
Larry Paul. Et il y a encore plus de duos qu'avant. Est-ce
votre choix de chanter avec lui, par exemple, ou avec Anastacia
?
VS) Encore une fois, c'est le choix de David Kelley…
DtD) Toujours et encore David Kelley...
VS) (Rires). Oui, c'est très rare en télévision d'avoir quelqu'un
qui s'occupe de tout, mais il est comme ça. Pour Anastacia,
c'était un peu différent. Elle est chez Sony, tout comme moi,
et là, ça devient plus une décision de Sony de dire: "Tiens,
elle sort un nouvel album, on pourrait la faire participer
au show", et David n'est pas fermé à ces idées-là. C'est ainsi
que des gens comme Elton John ou Sting passent faire un tour,
ce sont toujours des idées de David. Pour la cinquième saison,
il y a un nouveau personnage qui arrive. Je ne sais pas si
vous en avez entendu parler.
DtD) Dites toujours.
VS) (Rires). C'est monsieur Jon Bon Jovi.
DtD) En voilà une nouvelle !
VS) Oui, il arrive cette année et je suis très heureuse de
travailler avec lui.
DtD) Que pouvez-vous nous dire de vos rencontres avec
les "guests", comme Sting, par exemple ?
VS) Pour Sting, cela faisait tellement bizarre d'avoir une
telle icône. C'était surréel. Rien que sa voix. Vous savez,
j'ai produit l'album (FOR ONCE IN MY LIFE, le quatrième album
tiré de la série - VL), et j'étais très nerveuse à l'idée
que Sting y participe. Il est tellement reconnaissable. C'est
comme regarder un film en 3d juste sous vos yeux (rires).
Chaque semaine, je lis le scénario et je me demande: "Qui
vient, qui arrive ?". Il y a d'ailleurs une rumeur... Non,
je ne peux pas vous le dire en fait. Mais quelqu'un de très,
mais vraiment très impressionnant devrait venir faire une
apparition. Et j'espère sincèrement qu'ELLE pourra le faire
car je serais tout simplement soufflée ! Il y a très peu d'occasions
de rencontrer une telle personnalité. C'est motivant.
DtD) Comment se décide le fait d'utiliser une chanson
"reprise" ou une nouvelle ?
VS) Une fois de plus, c'est au bon vouloir de David Kelley
(rires) ! Par exemple, je viens d'ajouter une chanson à l'épisode
1 de la nouvelle saison, alors que nous en sommes au septième.
Il change, il ré-écrit, il re-filme. Il est très perfectionniste,
et il ne se soucie pas de ce que cela peut coûter (rires).
Et là, je redeviens très occupée, je dois faire sept chansons
pour le prochain épisode.
DtD) Alors, comment travaillez-vous ensemble, avec
David Kelley ?
VS) Nous parlons généralement très brièvement. Je lis le scénario,
je reçois une cassette, je rejoins mon groupe, et on retravaille
les chansons. Je l'appelle en cas de doute sur le sens que
la chanson aura sur une scène. La conversation dure généralement
deux minutes. Il m'arrive également de l'appeler au sujet
du rythme d'une chanson; Je la lui joue au téléphone et on
voit ensemble. Et lorsque finalement on se retrouve sur le
plateau, il me dit: "En fait, je préférerais la version de
départ." (rires). C'est dans ce sens que nous travaillons
ensemble. Nous nous comprenons très bien et nous n'avons pas
besoin de beaucoup parler, en fait.
DtD) Quel est votre meilleur souvenir de la dernière
saison d'ALLY MC BEAL ?
VS) Ce serait en fait une sensation, un sentiment. Nous sommes
dans le bar, en train de tourner, et je vois ces gens avec
qui je travaille depuis quatre ou cinq ans maintenant. Il
y a aussi les nouveaux comme Robert Downey, et la caméra tourne,
je suis assise au piano, tout est très précis, très fabriqué.
Et pourtant, tout paraît réel, très émouvant. Regarder Robert
Downey et Calista danser doucement, se regardant droit dans
les yeux. Je sais bien qu'ils sont acteurs mais l'ensemble
paraît si réel. C'est très émouvant. Faire partie de quelque
chose comme ça est très spécial.
DtD) Ressentez-vous une pression supplémentaire, chaque
année, quand arrive le nouvel épisode de Noël ?
VS) (Rires). Excusez-moi, je ris car j'ai reçu le prochain
pas plus tard qu'hier ! Bien sûr que c'est un challenge, mais
c'est aussi très drôle car nous les tournons en septembre.
Je veux dire par-là que l'esprit de Noël à cette période.
On se lance et c'est généralement très amusant. On parvient
à trouver l'ambiance mais si l'on sort cinq minutes, il fait
chaud (rires). En fait, je suis à moitié juive, et je ne connaissais
pas vraiment tous ces chants chrétiens. Je les apprends, et
quand j'en entends un à la radio, je peux chanter par-dessus
maintenant (rires). C'est donc beaucoup de plaisir.
DtD) Vous en êtes-vous trouvée une favorite ?
VS) J'adore Let It Snow. Je sais bien que la version que j'en
ai faite est très différente. Je l'ai rendue plus triste sur
l'album de Noël (A VERY ALLY CHRISTMAS, troisième album tiré
de la série - VL). J'aime bien aussi Have Yourself A Merry
Little Christmas, les plus sentimentales. Elles me correspondent
mieux.
DtD) Et que ressentez-vous lorsque vous êtes sur scène
et que vous chantez Searching My Soul ?
VS) Et bien, je dois me concentrer sur le processus autour
duquel la chanson fonctionne. Parce que je suis assise là
et les gens chantent tous en même temps, et ils sont contents.
Je pense à bien remettre chaque phrase à sa place, et je dois
beaucoup prendre sur moi, en tant que personne, pour rester
moi-même. Je dois me forcer à la discipline et croire en moi.
C'est très gratifiant d'avoir écrit une chanson en 1991 et
que cette seule chanson soit devenue un symbole, quelque chose
de positif, de parcourir le monde et que partout les gens
chantent. Voilà, c'est un sentiment très gratifiant.
DtD) Seriez-vous tentée de mettre en musique un long
métrage ?
VS) J'adorerais cela, bien sûr. Je viens juste de faire construire
un studio d'enregistrement dans ma maison. Je vais y faire
les prochains épisodes d'ALLY MC BEAL, ainsi que mon prochain
album. J'ai toujours voulu me diriger vers la composition
pour le cinéma. Mais j'aimerais le faire de façon très inhabituelle.
Je n'écris pas vraiment de "scores" comme on peut l'enten
dre, je ne suis pas du tout orchestrateur. Je peux écrire
des mélodies et engager un orchestrateur. Je sais que j'aurais
besoin d'aide pour ça. Mais j'adorerais faire la musique d'un
film simplement au piano, ou à la guitare. Un jour peut-être.
DtD) Avez-vous des compositeurs favoris ?
VS) Je ne peux pas m'empêcher d'aimer James Horner
et John Williams.
DtD) Et s'il était un jour question d'un film ALLY
MC BEAL ?
VS) (Rires). Alors là, c'est une première ! Jamais personne
ne m'a posé cette question, et pourtant j'ai accordé déjà
pas mal d'interviews. Je pense que de toute manière, les gens
finiront bien par se lasser d'ALLY MC BEAL, avec le temps,
et qu'aller dans une salle de cinéma en plus. (rires). D'autre
part, il serait très difficile de réunir tous les interprètes,
car cette année beaucoup d'autres eux sont partis.
DtD) Puis-je vous demander de nous dévoiler leurs
noms ?
VS) Robert, malheureusement. James LeGros (Mark) et Lisa Nicole
Carson s'en vont également. Lucy Liu (Ling) n'apparaît que
dans cinq épisodes sur vingt-trois. C'est tout pour l'instant,
autant que je me souvienne. C'est suffisant d'ailleurs.
DtD) Reviendrez-vous en France pour un nouveau concert
?
VS) Oui, tout à fait. Je serais libérée vers la fin mai, et
je pense revenir en juin ou juillet, comme cette année. Nous
aimerions faire plusieurs dates en France, et pas seulement
à Paris. Ce serait vraiment super car, (en français.) c'est
mon favori, alors je suis très heureuse. (en anglais.) je
suis très impatiente à l'idée de revenir.
DtD) Et bien, voilà une bonne nouvelle. Merci beaucoup
pour ce moment.
VS) Merci à vous, et à bientôt alors.
Remerciements particuliers à Damien Hasbroucq (Sony Music)…
Et à Germain Le Cabellec et Jeff Barda du site http://www.vondashepard.fr.st/
pour les photographies, et Sabine Theillier (FPE).
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